MARIETTE ET L’ART D’APPRIVOISER L’ESPACE

La boîte à rêves de Jeanine Rivais

Chacun sait que, lorsqu’un artiste dit « mon atelier », il exprime une envie d’espace, de lumière, de voyage dans ses pensées, de rêve en images ; mais en même temps il s’agit dans son esprit d’un lieu culturel important, un univers de réunion, de discussion, de mise en perspective de son activité picturale. Alors, lorsque l’atelier est dans la maison et qu’il est conçu façon Mariette, il devient un joyeux mélange de toutes les œuvres créées séparément, mais cohabitant sans hiatus : pour lesquels elle a découpé, déchiré, assemblé, recomposé, superposé, subverti ceci, utilisé cela à contre-emploi, rapproché les contraires et joué avec les limites de l’inattendu. Subséquemment, il abrite peintures, sculptures, objets divers, reliquaires, exvoto, icônes, textes… impossible de dire TOUT ce qu’abrite la maison de Mariette ! Mariette artiste, qui se réclame de l’Art singulier et qui, petit à petit, a créé un monde bien à elle, qu’elle aime partager en le faisant visiter.

II ne faut donc pas s’étonner que lors d’une exposition extra muros, elle sache, en quelques heures, faire sien un lieu anonyme dont elle disposera pendant un temps très bref ! En un court laps de temps, les poupées installées sur des coffres témoignent de sa fascination pour les visages (n’oublions pas qu’elle a naguère fait une exposition de sept-cents poupées, des grandes, des moyennes, des petites, des avec ou sans seins, des corps abîmés ou non… enceintes, parfois handicapées… etc. Sans parler des millions de minuscules têtes qu’elle augmente de cent chaque matin, pour se mettre en forme). Déjà installés sur ces cimaises inconnues, un cœur en peluche et un magnifique cadre ovale retravaillé, présentent un nombre impressionnant de ces minuscules têtes matutinales. Bientôt, une bande de personnages/oiseaux s’envolent en rangs serrés. Dans un angle, une tête aux cheveux raides, yeux exorbités, oreilles dissimulées sous des rubans, crâne orné d’une couronne de fleurs, lèvres rouges déformées, crée une impression de souffrance. Sur une table basse, des bouquets de petits cœurs en papiers fleurissent. Un coquetier où s’entasse une famille devient un « Nid d’Amour », etc. Bref, chaque objet apporté, du plus grand au plus petit, à peine libéré de son emballage, a trouvé sa place en un tournemain !

Et le visiteur se retrouve immergé au centre du (nouveau, mais toujours le même) monde de Mariette, tranquillement assise sur une chaise, en train de créer quelque personnage, comme si elle était dans sa maison ; prête à répondre aux multiples questions qui fusent au détour d’échanges privilégiés ! Et toujours un travail minutieux, grâce à son aise avec les éléments amples et à sa relation à l’infiniment petit. Le tout d’une sobriété impressionnante, car cette artiste ne travaille que dans les noirs, les gris, voire des blancs cassés pour ses poupées. D’ailleurs, parfaitement « dans la note », elle-même ne se vêt que de noir.

Décidément, Mariette dont le talent est immense et protéiforme a l’art de permettre l’échange et la rencontre avec les visiteurs la plupart inconnus ; partager avec eux ce lieu où elle vit et crée, même temporairement ; leur prodiguer la grande convivialité qui est en elle ; leur faire sentir que « toutes » ces œuvres sont une « seule » œuvre ; que chaque détail de cet ensemble est mû par une semblable obsession, un même imaginaire. De sorte que tous sont admiratifs face à l’intimité qu’elle a déployée pour eux. Conscients, en somme, d’être inclus dans cet espace qu’elle a su apprivoiser, d’être intégrés à sa « boîte à rêves ».