Les affiches de Grenoble. Novembre 2012

les-affiches-de-grenoble-novembre-2012

Depuis sept ans, elle fabrique des poupées. Elle en aura bientôt sept cents. Si tout se passe bien, les sept cents seront terminées au printemps prochain. Elle les montrera toutes, alors, ses poupées qu’elle dit « en mal d’enfantement ». On aimerait bien savoir ce qu’elles ont dans le ventre, ces satanées poupées.

Des têtes ! Elles ont des têtes ! Des têtes qui se bousculent et qui poussent, pour sortir et voir le jour « En mal d’enfantement » : Mariette parle de procréation, mais c’est de la création (artistique, s’entend) qu’elle nous entretient. Toutes ces têtes, qu’elle a fabriquées, se haussent du col, fourrent leur nez en l’air, en attente de leur émancipation. L’engendrement est le propre des femmes ; c’est le propre aussi des artistes. Mariette est à la fois artiste et femme: la naissance est son affaire doublement. Mariette voue son art à quelque déesse mère bien ancienne, très antique, aussi vieille que l’humanité.

Déesse mer, tout aussi bien; et même dieu Océan. Contre le mur, l’artiste a posé des lés de papier peint bleu pâle, sur lesquels ont pris place des dessins parsemés de petits bouts de miroir; le tout est recouvert par un vaste filet. De quelle pêche miraculeuse est chargé ce filet ? Ramenée du père Mer vers la Mère terre, la pêche du jour est prise dans les rets : récolte de petits riens et du Grand Tout.

A deux pas une malle séculaire s’ouvre sur d’autres menus délice, coffre aux trésors débordant de babioles, de brimborions, de colifichets et de mirabilia. Des  » bricoles », comme on dit familièrement. Mariette bricole effectivement. Elle ne s’encombre pas de concepts: elle est dans le « faire ». Chacun de ses gestes ponctue le temps qui passe, il marque l’heure. En donnant naissance ? En enfantant ses oeuvres, ses têtes, ses poupées, Mariette se met à l’unisson de l’horloge universelle. Elle fabrique des têtes comme on égrène les minutes les minutes; cette invasion de visages, c’est aussi le temps passé qui se donne à voir, d’un coup. Car la dévotion, ici, réside moins dans l’objet fabriqué, que dans la fabrication même. Les minutes fondent-elles comme des sucreries? Ce sont plutôt des bonbons au poivre ? « Drageoir aux épices », ainsi que disait HUYSMANS. Il y a de l’amère terre, dans cette déesse mère.

Jean-Louis ROUX. « Les affiches de Grenoble novembre 2012 »